2022, Royale Champagne

Le millésime 2022 est à marquer d’une pierre blanche, par la qualité et le volume de la récolte : cette fois encore, la Champagne est bénie des Dieux.

Bien sûr, l’eau s’est faite rare : il a moins plu que la normale, sauf en juin. Et il reste quelques imperfections à la Nature, dont celle d’avoir besoin d’eau pour faire du vin. Fort heureusement, les quelques précipitations de juillet et août, dont a bénéficié spécialement le Sézannais, ont permis d’éviter une catastrophe. En moyenne, tout au long de cette année, les vignes de Champagne n’ont que très modérément souffert de stress hydrique, le besoin en eau des pieds dépassant rarement la quantité d’eau disponible, sur tout le cycle végétatif. Croisons les doigts pour que ce petit miracle se reproduise longtemps, ce qui n’est pas garanti.

Pour sa part, le gel printanier est resté modéré, ne détruisant « que » 8% environ de la récolte (dont par exemple la célèbre parcelle Vranken d’Orbais-l’Abbaye, qui ne va pas dépasser 5000 kilos par hectares). En 2017, c’était 25%…

L’été a été chaud, et le fort ensoleillement a conduit à quelques dégâts d’échaudage, limité cependant à moins de 5% de pertes (contre 11% en 2019). Cependant, les baies sont un peu plus fermes, donc plus délicates à presser : si normalement il faut 4 heures pour presser un marc, les pressureurs les plus attentifs sont allés à 5 cette année.

Dans les caisses, impossible de trouver une seule grappe abîmée par le mildiou, l’oïdium, ou le botrytis, ces maladies américaines n’ayant pas trouvé les conditions idéales de leur développement. Aussi, les pulvérisateurs sont restés aux hangars : la fréquence des traitements fongicides a été divisée au moins par deux. Pour la Champagne, la menace émergente pour les années qui viennent est celle de la flavescence dorée, maladie bactérienne transmise par un insecte, la cicadelle. Jusqu’alors, le vignoble de Champagne en était exempt, à cause de sa position septentrionale, mais des ceps touchés par le variant M54 de la flavescence, très épidémique, ont été détectés cette année à Trélou et à Vert-Toulon, à quelques kilomètres de Beaunay. Pour le moment, il n’existe aucun traitement, pas même un produit inefficace à base d’ARNm. La seule solution est l’arrachage. Phylloxéra, le retour ?

Au final, le rendement moyen à l’hectare est attendu aux alentours de 13.000 kilos, c’est à dire qu’il va généreusement dépasser les 12.000 kilos que nous étions autorisés à récolter. La récolte est d’une telle qualité (et certaines maisons ont des stocks tellement bas), qu’une mesure exceptionnelle a été prise cette année, autorisant d’abonder la réserve qualitative jusque 16.500 kilos hectare (soit 4500 kilos/hectare de réserve contre 3100 l’an dernier, toujours dans la limite des 8000 kilos/hectare).

Si nous avions commencé le 24 août en 2020, il aura fallu attendre jusqu’au 30 cette année, pour atteindre un optimum de maturité. « Autrefois », c’est à dire il y a trente ans, les vendangeurs partaient quelquefois dans des givres matinaux, mais c’est sous une chaleur de bête que nous avons vendangé cette année, avec des températures entre 30 et 35°. Il faut avoir peiné sous ce soleil, pour savoir combien le repos du soir est mérité !

En terme de degré d’alcool, les marcs se sont échelonnés de 10.5 à plus de 11, avec des acidités très convenables : si l’acide malique a été dégradé par les fortes chaleurs (environ 3 g/l dans les marcs), l’acide tartrique a bien résisté, les vins devraient rester frais, mais avec un équilibre acide inusité. La dégustation des baies laisse espérer un cru 2022 très intéressant : l’équilibre de ces raisins est assez original, de caractère champenois typique, très riche en potentiel aromatique. Nous verrons en février, pour la dégustation des vins clairs, si ces espérances se concrétisent, et si l’exceptionnel est admirable, ou épouvantable !

Le circuit de récolte de cette année a été inverse des années précédentes, les noirs étant plus avancés que les blancs. La grande équipe a commencé lundi 29 août, par la première moitié des meuniers des Gras d’huile, à Beaunay, puis les pinots des Chaillots. La petite équipe, à pied d’oeuvre seulement le lendemain, a cueilli la seconde moitié des Gras d’huile (avec la désagréable surprise d’apprendre que le pressoir Duval de Beaunay n’ouvrait que le 5 septembre, pour la grande équipe. Pas idéal pour le bilan carbone, car il a fallu livrer à Fontaine…), puis les pinots des Marcottes, avant de retrouver la grande équipe dans les Chardonnays de Cuche-Moiselle. Vendanges terminée en quatre jours : malgré le volume important à récolter (plus de 85.000 kilos de raisin, quand même !), les grappes étaient grosses donc faciles à cueillir, et les effectifs de la grande équipe étaient d’un tiers supérieurs à ceux de l’an dernier.

Côté camionneurs, l’équipe est de nouveau emmenée par Olivier, venu avec un de ses fils. Le cousin Yves est venu découvrir cette belle période en Champagne, tandis que « Miss Cravate », de retour, se signalait à nouveau par le port extravagant de cet accessoire élégant, même à 35° à l’ombre… Côté jeunes, le fidèle Pierre, et côté moins jeunes, Richard, permanent de Barbonne. Du point de vue de l’organisation, une équipe qui roule aussi bien font des vendanges des vacances.

Comme chaque année, nos plus vifs remerciements au pressoir de Fontaine-Denis, tenu par trois générations de la famille, qui nous accueille quelle que soit l’heure, et quel que soit le nombre de caisses. Et à Maryse et Jean, qui ont la gentillesse de nous accueillir à Beaunay, et de ne pas envoyer promener le camionneurs quand ils reviennent prendre le dîner à presque minuit…

Voilà quelques photos !

 

Photos de la troupe « petite équipe » 2022

« Ce n’est pas le fait de porter la même cravate qui fait une équipe, c’est de transpirer ensemble ! » Miss Cravate.

Au pressoir

 

Autres photos

Saint Eloi 2017 (sur l’église de Barbonne)

Travailler n’empêche pas d’admirer la Champagne. Voici quelques autres photos, prises sur les routes.

 

Le château de Baye

 

L’épopée des soldats Français contre les Russes

(toute comparaison avec une situation actuelle serait fort malvenue…). La première photo explique de quoi il s’agit.

 

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.