Plantation aux Chaillots

Cela faisait longtemps que la vigne des Chaillots donnait des signes de son vieillissement, par la baisse de sa production, accentuée par une zone de dépérissement en haut de parcelle, très semblable à du court-noué, mais qui n’en était pas. Aussi, depuis quelques années, elle ne dépassait guère 6000 kilos/hectares, ce qui n’est pas un problème en soi, une parcelle à rendement faible pouvant être compensée par une parcelle à rendement élevé.

Cependant, cette situation ne peut durer éternellement, car il faut anticiper le vieillissement général du domaine, et les deux risques actuels qui pèsent sur le vignoble : le réchauffement climatique, contre lequel nous ne pouvons rien, et la flavescence dorée, dont les dégâts bien réels sont pour l’instant supportables, mais pourraient fort bien s’aggraver, la cicadelle étant remontée en Champagne en même temps que les températures.

Pour rajeunir le vignoble, deux solutions : soit la complantation (que l’on appelle entreplantation en Champagne), c’est à dire la plantation de jeune plants en remplacement des morts, sans arracher les anciens, soit l’arrachage pur et simple, suivi d’une replantation. Si, sur la parcelle des Gras d’Huile, c’est l’option d’entreplantation qui a été retenue, pour partie à cause de l’affection particulière pour ces vieux bois travaillés par Jean depuis tant d’années, c’est l’arrachage qui a été retenu pour les Chaillots, encouragé par les dispositions techniques actuelles, qui autorisent une sortie de réserve plus tôt qu’autrefois, afin de pallier l’absence de récolte pendant les premières années du démarrage de la jeune vigne. Nous avons choisi de les replanter en Chardonnay sur un porte-greffe Fercal. La région est très favorable au Chardonnay, ce qu’a confirmé l’analyse de sol, et ce cépage résiste mieux au chaud…

Les jeunes plants étant très exigeant en soins, nous avons préférer fractionner l’opération, et avons commencé par 20 ares : dévitalisation de la vigne après les vendanges, arrachage, jachère d’un an, préparation du sol avec complément en terre, puis, ce 9 avril dernier, la plantation par une équipe de 8 joyeux drilles venus du sud.

Il a fallu commencer par délimiter la ligne de bas de vigne par une ficelle tendue entre deux piquets, puis dérouler de fins câbles vers le haut, tous les 1.05 m, câbles marqués d’un repère de couleur tous les 1.1 m. L’outil utilisé pour planter est une sorte de dard pointu d’environ un demi mètre, avec un manche orthogonal de même taille. Simple, mais redoutablement efficace : l’équipe a planté ce 60 ares en trois heures, performance dont je ne reviens toujours pas, bravo les gars !

Anecdote : il manquait 100 plants, que nous avons planté quatre jours après à la tarière : même si l’outil est beaucoup plus technique, le processus est beaucoup plus long !

Quinze jours après

La vitalité de la vigne est un sujet constant d’admiration.

Quinze jours après leur plantation, ces petits sarments greffés dont le chevelu racinaire avait été réduit à environ 1 centimètre du bois poussent leurs premières feuilles au soleil du printemps ! Il faut tout de même dire que les conditions de reprise ont été très bonne : les fortes précipitations de cet hiver ont gorgé les sols d’eau, et la parcelle des Chaillots est d’une terre plutôt lourde, avec un bon taux d’argile. Ce 27 avril, la terre était humide dès 10 centimètres.

(Les granulés visibles sur les photos sont un engrais organique destiné à favoriser leur reprise)

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