La nouvelle vague

Alors, nous dit-on quelquefois, vous qui aviez parié qu’il n’y aurait pas de nouvelle vague, il ne vous reste plus qu’à faire amende honorable, puisqu’en ce mois d’octobre 2020, nous revenons aux heures parmi les plus sombres de notre histoire, devant vivre à nouveau sous un couvre-feu que nous n’avions plus connu depuis la visite de nos voisins d’Outre-Rhin, il y a 80 ans ?

Chaque jour, en effet, nous sont assénées des statistiques plus angoissantes les unes que les autres, des prescription morales culpabilisantes – qui refuserait de “protéger les autres” ? – et le gouvernement empile des mesures, de plus en plus coûteuses, dont l’efficacité est difficile à mesurer, à tel point que la dette de la France risque fort de s’établir à 120% du PIB à la fin de l’année (contre 64% en 2004). A cause d’une deuxième vague, dont ces messieurs craignent la survenance… comme la peste.

Sauf que…

Sauf que la réalité amène à nuancer ce discours alarmiste, et qu’une des difficultés les plus grandes, pendant cette crise, demeure de trouver des informations fiables. Alors que le réflexe naturel du citoyen est de se tourner vers l’État, supposé impartial et neutre, l’un de ses derniers porte-parole assure sans complexe qu’elle “assume parfaitement de mentir pour protéger le président”, tandis qu’un ministre nous certifie à un moment que les masques sont inutiles, avant de les rendre obligatoire, ou qu’un autre fait inscrire dans la liste des poisons un médicament connu depuis des décennies et utilisé par des millions de personnes, et que le ministre de la santé nous promet la mobilisation de 12.000 lits de réa sortis du chapeau. Il ne reste plus au citoyen contribuable que de tenter se faire son opinion par lui-même, avec les informations ouvertes disponibles.

Reprenons donc les chiffres fournis par France-Info, l’INSEE, ou météo-covid, peu suspects de complotisme.

Le premier élément à considérer est la mortalité générale en France, parfaitement normale depuis le premier mai. Certes, sur 1500 à 1600 personnes qui meurent chaque jour en France, environ 80 personnes par jour (5% environ) meurent avec un Coronavirus (au 17/10/20), ce qui ne signifie pas qu’elles meurent du Coronavirus, leur âge moyen étant très élevé (60% ont plus de 80 ans), tandis que 200 meurent à cause du tabagisme (75.000 morts par an, dont 45.000 par cancer). Le taux de co-morbidité ne figure pas dans les données facilement disponibles sur Internet, mais il est évident que même si le SarsCov2 disparaissait subitement, la courbe de mortalité générale ne baisserait pas de 5%. Indéniablement, Covid n’est pas Ebola.

Un second élément est celui de la progression du taux de contamination.

Le graphe du taux de positivité passe d’environ 2% au 15 août, pour atteindre 13% au 15/10, deux mois plus tard. Indéniablement, une progression logarithmique.

Si l’on regarde les données mondiales, on peut observer une chute vertigineuse du taux de létalité du virus. Soit que le virus perde de sa virulence, soit que les moyens médicaux permettent de mieux traiter la maladie, soit que l’instrument n’est pas adapté à la mesure*, il est de fait que la corrélation entre taux de contamination et taux de décès est en chute libre.

Parlons enfin des lits de réanimation. Ici, le chiffre qui nous intéresse est le nombre de lits occupés, le pourcentage ne tenant pas compte des variations du nombre total de lits : si on veut que le pourcentage baisse, il suffit de rajouter des lits – ce qui ne devrait pas être un problème pour une nation dans le top 10 mondial, or la tendance générale est à la suppression des lits, allez comprendre. Et nombre de directeurs de cliniques signalent qu’ils ont des lits disponibles.

A ce jour (17 octobre), nous avons donc 1800 personnes en réanimation, 20 par département en moyenne, 3 pour 100.000 habitants (ou 0.0003%). Sachant que nous avons environ 5000 lits (nous en avions 5500 en 2018…), cela fait un tiers des lits occupés par des cas Covid.

Les graphes montrent une recrudescence des cas, tant en terme d’hospitalisations que d’entrées en réa, mais autant il serait absurde de nier cette recrudescence, autant il serait absurde de comparer cette recrudescence avec le pic d’avril. La cinétique d’avril était un explosion logarithmique, celle d’octobre est une augmentation de tendance pour le moment linéaire, plus lente. Bien malin qui saurait dire si elle se dirige vers une stabilisation, représentant l’installation de ce virus en endémie avec un probable caractère saisonnier (hypothèse que nous avions pressentie dès juin), ou vers une décroissance et une extinction. Les conclusions à l’examen de ces données sont assez simples à tirer : nous allons devoir faire face à une augmentation régulière des hospitalisations, et nous avons davantage de temps qu’en avril pour nous organiser : il est assez évident qu’il serait plus utile de travailler à adapter nos structures hospitalières à cette situation de terrain, plutôt qu’à se répandre en discours anxiogènes. Et il paraît difficile de croire qu’un pays de 67 millions d’habitants, qui consacre plus de 80 milliards d’euros à l’hôpital public, soit incapable de s’adapter à une situation qui n’est pas une situation catastrophique, mais une crise de gravité modérée.

La comparaison entre pays reste très intéressante. Globalement, la majorité des pays pris en compte ont des résultats très proches, entre 50 et 75 décès pour 100.000 habitants, malgré la diversité des mesures prises. Même le Brésil, qui n’a pris quasiment aucune mesure de protection, et les USA, font toujours partie du groupe des “moyens”. Mais il y a certainement des leçons à tirer de l’Allemagne, peu touchée, et du Japon et de la Corée, ou le virus est quasiment sans impact (il est cependant très probable que des différences méthodologiques dans les mesures puissent avoir une part dans ces écarts).

Que l’on ne nous fasse pas dire ce que nous n’avons pas dit : en aucun cas, nous ne suggérons que les mesures sanitaires sont toutes inutiles. Ce que nous disons simplement est que la situation d’aujourd’hui n’est pas une seconde vague, ou alors il faut dire qu’elle ne représente que 20% environ de la vague d’avril. Et qu’à l’heure actuelle, et compte tenu des effets positifs des mesures sanitaires prises, le niveau de risque du virus SarsCov2 semble proche de celui de la grippe saisonnière (10 à 15.000 morts par an, 21.000 morts en 2017, sans qu’il soit besoin de décréter un couvre-feu annuel pour cela). Cela n’efface pas les nombreuses incohérences qui entourent la gestion de cette crise, et dont il sera intéressant de voir si les actions judiciaires récemment ouvertes peuvent y apporter quelques lumières. Les statisticiens nous éclaireront peut-être, quand tout ceci sera fini, sur les différences d’efficacités des mesures prises, suivant les pays : j’incline à penser qu’elle seront relativement faibles. Il nous restera juste à payer les dettes accumulées, tant il est facile de dépenser les ressources des générations suivantes.

En attendant, verre en main, gardons-nous de la morosité !

 

*En particulier, certains remarquent qu’avec un calibrage de test PCR français à 40-45 cycles d’amplification, le test produit beaucoup trop de cas de faux positifs (débris d’ARN détectés, mais ne représentant pas une infection ni un risque de contagion). Si l’on dit que l’augmentation du taux de contamination est vertigineux, alors il faut dire aussi que la baisse de létalité l’est également. D’où l’écart flagrant de taux chez nos amis allemands.

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