Vendanges 2026 : toujours plus près du soleil…

L’année viticole 2026

2026, sur la lancée de 2025, est une année chaude, avec cependant deux des incidents les plus redoutés : le gel, et la grêle, spécialement celle du 23 avril, qui a ravagé notre secteur, détruisant Congy mais épargnant – pour cette fois – Beaunay.

L’interprofession avait fixé le rendement en appellation, ce 22 juillet, à 8800 kilos/hectare, de quoi produire à peu près 255 millions de bouteilles. Il s’agit là de prendre en compte la baisse tendancielle de la consommation du vin dans le monde, qui touche également le Champagne, même s’il est celui des vins dont le marché se contracte le moins. Les stocks champenois représentent actuellement 4,5 année de consommation, l’optimum se situant autour de 3,5 années, cette décision s’inscrit dans la logique des tendances.

Les chaleurs inhabituelles de cet été n’ont pas causé de trop graves dommages d’échaudage : même si les épisodes brûlants se sont succédés, canicule ne veut pas dire sécheresse, et la vigne, très résistante, n’a que relativement peu souffert du manque d’eau. Cela s’est vu précisément dans la plantation des Chaillots, à Barbonne : quasiment toutes les semaines, cette parcelle a fait l’objet d’une vérification à l’aide d’une bêche étroite, pour surveiller le degré d’humidité du sol et déclencher, si nécessaire, un arrosage des plants. Mais même début août, l’humidité était sensible dès 10 centimètres de profondeur et la croissance des jeunes plants est superbe.

Ces chaleurs n’ont pas que des défauts : la qualité sanitaire du raisin de 2026 est absolument parfaite, supérieure encore à celle excellente, de 2025. Il n’y a pas la moindre trace de botrytis, qui avait été la seule – très légère – préoccupation des vendanges dernières.

Comme l’an dernier, les prévisions de récolte se sont écartées des prévisions, tant en terme de rendement qu’en terme de maturité. Si les premières évaluations faisaient état d’un rendement moyen à 8000 kilos hectares, elle va s’établir aux alentours de 6600 kilos hectares. De même pour la maturité. Si nous avions calé la date des vendanges au 20 août, compte tenu de l’avance phénologique observée, la fleur ayant débuté avec une dizaine de jours d’avance sur la moyenne décennale, le 12 août 2026 les bans officiels de vendanges nous informaient que nous pouvions vendanger …le 12 août ! (les premiers coups de sécateurs ont été donnés à Montgueux le 6).

Une année pour exprimer le talent des Chefs de cave

La maturation 2026 a fait exploser les records de 2025 en terme de taux d’alcool potentiel. Cette année, rarissimes étaient les parcelles en dessous de 12°, et aucun pressoir n’a sorti de colibri à la réception. Certaines vignes ont été récoltée à 14 !

Nous avons fait le choix de commencer par les Meuniers de Beaunay. Cette vigne, d’ordinaire aux alentours de 6000 kilos, était chargée d’un magnifique raisin, qu’il aurait été dommage de laisser maturer trois ou quatre jours de plus si nous avions commencé par Barbonne. Elle a finalement produit 12.000 kilos, sans qu’il soit vraiment possible d’expliquer cette performance, incroyable, quasiment identique pour la partie taillée par Guillemette et la partie taillée par Jean. Nous l’avons livrée au pressoir de Fèrebrianges, distant de 3 kilomètres, autant dire qu’il a été pressé presqu’immédiatement après cueillette.

Puis nous avons rallié Barbonne pour cueillir toutes les petites parcelles : les Marcottes, les Macrets, et enfin les 20 ares restants aux Chaillots, tout cela dans la journée, performance due non seulement à l’efficacité de l’équipe de cueillette, mais également à celle de l’équipe logistique, conduite par Olivier, anticipant les dépôts de caisses et de palettes. Il s’agissait essentiellement de ne pas surcharger le pressoir de Fontaine-Denis par un afflux massif de raisins, sachant que la grande équipe d’Éric avait commencé le dimanche, occupant déjà bien les quais.

Si initialement l’équipe de pressurage redoutait que les marcs soient plus difficiles, la différence a été peu sensible, ne nécessitant qu’entre 15 et 30 minutes de plus dans certains cas (le pressurage d’un marc dure 4 heures habituellement). Aussi, nous avons pu embrayer sans difficulté sur Cuche-Moiselle, magnifique, puis les Blanchettes, avec un Chardonnay superbe, mais dépassant allègrement les 12°. Certains ont ainsi récolté des raisins à 14, du jamais vu en Champagne.

C’est pourtant avec ce raisin trop chargé de sucre que les cuvées 2026 seront élaborées. Et là, il va falloir que les Chefs de cave fassent preuve de savoir-faire, pour conserver à ces cuvées la fraîcheur et le faible taux d’alcool caractéristique des vins de Champagne. Les cuvées des années précédentes seront particulièrement précieuses dans les assemblages, pour assurer aux vins que vous boirez dans trois ans la stabilité stylistique qui est aussi une caractéristique Champenoise.

L’équipe 2026

Les équipes avaient été pré-alertées pour un démarrage le 20, mais au vu de l’évolution des maturités, il était nécessaire de s’adapter aussi rapidement que possible. Aussi, le 14, le départ a été avancé au 17, ce qui a fort heureusement été possible aux deux équipes, cueillette et logistique. Mais pour beaucoup d’autres structures, dont par exemple le pressoir de Sézanne, il a été très compliqué de faire revenir d’urgence leurs salariés de la plage.

Côté cueillette, les familles de toujours sont très fidèles au domaine : Emmanuel, Angélique, Jessy, Jonathan, Kimberley, Alison, Brandon, Jean-Michel, Joe, Wendy, les deux Laura, Dawson, Johanna, Mykie, et tous les autres (je n’ai cité que ceux qui ont au moins 5 vendanges au compteur). Encore une fois, un excellent travail, sous des températures élevées le lundi, environ 30 degrés, mais déjà beaucoup plus supportables que celles du dimanche précédent. Et des températures presqu’agréables à partir du mercredi. Il reste que ce travail de cueillette nécessite assez de qualités pour qu’il soit mis ici à l’honneur – matérialisé par une prime exceptionnelle « haute température ». Heureusement pour l’équipe, nous avions reçu un remarquable dépliant de la MSA, à afficher en vue de tous, conseillant de porter des chapeaux, d’utiliser de la crème solaire, voir de boire de l’eau, ce à quoi personne n’aurait pensé sans ces recommandations ô combien coûteuses, mais fort judicieuses.

Cette année, côté logistique, Olivier est venu de nouveau avec Pierre-Alexandre, « redoublant » de l’année dernière. Yves est  revenu de sa lointaine Normandie, le 16, le temps de profiter pleinement de sa réunion de famille du 15, en emmenant Thierry, venu fonctionner en télétravail, juste pour partager avec nous ces bons moments. Il a fait le trajet dans une voiture à piles flambant neuve, la première à se garer dans la cour d’Étoges (mais le retour en taxi, les piles, ce n’est pas toujours fiable ;=)). Et le neveu Jean, accompagné de son cousin Jacques. Avec Richard, bien sûr. Le camion d’Étoges, cette année, était en révision pour un bruit de cardan s’étant avéré un problème de boite de vitesse. Devant la facture s’annonçant très salée, un second camion a été loué, la réparation de la boite trouvera une issue moins couteuse plus tard : merci à Adeline, qui nous a trouvé ce camion supplémentaire in extremis, et à Jean, venu assurer le convoiement, malgré les inquiétudes, que nous partageons tous, pour la santé de Maryse. Et nous avons reconduit l’expérience Cantinière 2025, cette fois avec Solène, normande, qui s’est donnée à fond dans cette mission et nous a cuisiné des repas excellents, tout en inaugurant pour le soir des tenues très élégantes, ajoutant au plaisir des papilles celui des yeux. A signaler, un début de mutinerie dans l’équipe, qui réclame des teeshirts floqués à l’effigie de la maison, à cause de l’influence déplorable des Petits Limons : la proposition de la maison de fournir des tee-shits rayés en jaune et noir n’ayant pas été acceptée par l’intersyndicale, la revendication a été remise aux calendes grecques. Il faut signaler, dans les softs skills, l’aptitude de Jean aux chorégraphie à l’arrache : malgré son caractère destructeur de pieds de chaises, il faut reconnaître que ce jeune homme, bientôt père de famille, a quelques talents !

Côté pressoirs, Petite Lune et Marie à Fèrebrianges, Gwen à Sézanne, et Bernard & Franciade, David & Valérie, et Mathieu, plus Fabrice et son équipe aux Petits-Limons. Cette année, les jeunes de la maison Vranken, au pressoir de Saudoy, ont eu une idée qui n’a plu à personne : supprimer le pesage à Saudoy, le remplaçant par une pesée à Tours sur Marne. C’est méconnaître que le résultat immédiat de la pesée est utile aux livreurs, et qu’il règle toute différend qui pourrait avoir lieu plus tard, sans parler des pertes de poids par auto pressurage en année normale. Aussi, nous avons basculé pour cette année les volumes correspondants sur Fontaine, la fluidité des pressurages le permettant. Cette décision, ainsi que l’absence de l’équipe historique du pressoir Ménéclier (Guy-la-voiturette, Thomas, Anthony, Ludivine) sonne probablement le glas de ce pressoir emblématique, la roue tourne. Mais cela ne pose pas de problème, car la relève pour des vendanges qui soient vraiment des vendanges est assurée – avec quel brio – par Fontaine-Denis !

Merci cette année à Jean-Luc, qui a bien voulu faire partager à l’équipe sa passion pour l’orgue par un mini-concert rien que pour l’équipe, et est venu partager avec nous le cochelet chez Osée, le nouveau restaurant d’Étoges monté par Allan Callot, cuisine remarquable et excellente adresse (redécouvez-y l’excellence du Coteaux Champenois, il y en a un de Fèrebrianges et un de Congy, les villages les plus proches !).

Les photos des vendanges 2026

Merci aux photographes, Yves, Pierre-Alex, et Jean !

Photos d’Yves

 

Photos de Jean

Photos de Pierre-Alexandre

 

 

 

A propos des travailleurs étrangers…

La Maison Duval est célèbre pour employer des Bulgares depuis quelques années. Il est souvent admis qu’il s’agit là d’une disposition économique, la directive travailleur détaché permettant de payer les charges sociales du pays d’origine et non celui du pays d’emploi. Mais c’est l’inverse ! Il nous a été certifié que l’emploi d’un Bulgare coûtait plus cher que l’emploi d’un Français. Mais alors, pourquoi ? C’est une question d’expérience. Duval ayant besoin de 50 personnes, faisait fait appel dans les années précédents à Pole emploi (Maintenant France Travail. Les agences gouvernementales, comme les malfaiteurs, changent régulièrement de noms) pour recruter 50 personnes, promises pas l’agence. Simplement, à l’attelée, seulement 45 se sont présentées. Et 5 n’étaient pas en règle administrativement. Puis le lendemain, 10 ont trouvé que les vendanges faisaient mal au dos. Puis il a plu, et 10 personnes ont trouvé que la boue était horriblement sale. Et à la fin le chef d’équipe s’est retrouvé avec 18 personnes. Les Bulgares, motivés par un salaire qui représente de moins en moins, mais toujours beaucoup pour eux, sont fiables, et travaillent normalement. Ce qui en justifie le surcoût.

A l’inverse, une viticultrice avait recruté une Ukrainienne pour les vendanges, il y a quelques années. Travailleuse et volontaire, cette personne a donné toute satisfaction à son employeur, puis s’est installée en France. Son employeur l’a alors aidé pour bénéficier de toutes les aides dont elle pouvait bénéficier : allocations, aides diverses, APL, etc. Et en deux ans, elle était devenue parfaitement française, c’est à dire qu’elle n’est plus venue travailler. Comme quoi l’intégration tient à peu de choses…

Au delà de l’anecdote, ces faits illustrent une évidence : c’est bien le système politique, qui a pourri le corps social français. Qui a organisé sa perte d’efficacité, et sa mise en concurrence avec des salariés à bas coût. Évidence que tout le monde connaît, mais que personne ne corrige. Un jour, il faudra nettoyer les écuries d’Augias…

 

 

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