Vendanges 2016 : divine surprise.

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Alooooors, comment se sont passées les vendanges 2016 ?!?

Nous partions sous de fâcheux auspices : en moyenne, le gel a détruit 15% de la récolte, spécialement chez nos confrères Aubois. Idem, 15% pour le mildiou. Et à cela s’est ajouté 3 à 4% d’échaudage. Au total, la récolte s’annonçait donc amputée d’un tiers.

Curiosité de cette année atypique, ce sont les hauts de coteaux qui ont gelé, alors que d’habitude ce sont les fonds, raison pour laquelle il y a parfois, dans des vignes de blanc, des bas de parcelle plantés en noirs, plus résistants au froid. Sur le domaine, c’est le cas de la parcelle de Cuche-Moiselle, par exemple. Mais d’autres phénomènes étranges ont été observés cette année : d’assez belles grappes venues sur les vignes atteintes de court-noué (normalement, elle ne produisent presque pas de raisin), des rabougrissements actuellement inexpliqués de certains plants en pleine santé, et des écarts de maturité inhabituels entre les blancs et les noirs. La nature perdrait-elle lentement le nord ?

La forte pression du mildiou était la conséquence directe de la pluie de juin : lorsque l’on superpose les cartes pluviométriques et celles du mildiou, le recoupement est parfait. Ainsi, dans notre secteur, le vignoble de Broyes a été particulièrement douché, donc particulièrement touché. Cela est du à la fois aux conditions optimales de reproduction des champignons microscopiques agents du mildiou (des oomycètes), et à l’impossibilité d’effectuer les traitements fongicides nécessaires. Ce record pluviométrique de juin jusque mi-juillet a contraint les vignerons à multiplier les sorties de pulvérisateur : dix à quinze sorties, au lieu des cinq de l’an dernier…

Après la pluie, le beau temps, un peu trop beau, puisque la canicule suivit l’eau. Si cette chaleur a heureusement permis de sécher les attaques cryptogamiques, elle a causé un stress hydrique relatif, favorisant l’expression de l’esca, sous sa forme apoplexique : cette année, nous avons vu beaucoup de ceps comme foudroyés par cette maladie actuellement incurable. Les vignes de la maison étant assez âgées, il n’est plus vraiment intéressant d’entre-planter, hormis pour des raisons réglementaires (20% de pieds manquants maximum), donc il va y avoir des charpentes allongées à la taille !

Avant récolte, des comptages sont faits pour estimer la quantité à vendanger. Nous étions cette année à une densité de grappes de 5 dans les meuniers, 5.4 dans les pinots, et 9.6 dans les chardonnays, avec des poids moyens de grappes aux alentours de 140 grammes, laissant espérer des rendements moyens autour de 3 à 5000 kilos pour les noirs, 7 à 8000 pour les blancs. Pas brillant du tout.

Mais c’était sans compter sur cette merveilleuse petite pluie de début septembre, qui est venue à pic gonfler des baies très saines, et permettre de pulvériser la morosité de la prévision. Au total, la récolte de 2016 sera à peine moins belle que celle de l’année précédente, au moins dans notre secteur. Bien sûr, il a fallu un peu s’adapter : comme toutes les maisons avaient fait la même erreur de prévision, elles avaient embauché moins de vendangeurs, et commandé moins de camions-citernes, causant l’engorgement de certains pressoirs un peu limite en cuverie…

Comme d’habitude en Champagne, les quantités à récolter étaient limitées : 9700 kgs/hectares, et 1100 kilos supplémentaires éventuels pour ceux qui n’avaient pas atteint le plafond de la réserve individuelle.

La grande équipe a attaqué cette année le 19 septembre, tandis que la petite a attendu le 22, Maryse étant bloquée par une récolte de noirs pressants. C’est avec plaisir que les fidèles familles de la grande équipe se sont retrouvées pour attaquer les noirs, plus mûrs (10.6 pour le premier marc, alors que les blancs ont été commencés à 8.9, pour tutoyer le 10 deux jours après). Pour la petite équipe, les effectifs avaient été vus un peu à la baisse, à cause des prévisions faibles de récolte, mais Marie est venue cueillir avec le sourire, formant équipe avec Lucie, pour laquelle c’était une première, Claire et l’un de ses fils, les Blésois Alain, Damien et Eudes, et puis, mondialisation oblige, Huang, venu de la lointaine Chine. Et tout cela avec la logistique de Jean et les repas roboratifs et animés dans le sous-sol de Maryse, support indispensable d’une vendange réussie 😉

La qualité 2016 semble bien être au rendez-vous : belle maturité, état sanitaire excellent, et l’abondance de feuilles (cette année, plus de 5M² de feuilles par m² de sol, les valeurs de l’an dernier tournant plutôt autour de trois) a pu permettre à la vigne de produire beaucoup d’acide malique, gage de fraîcheur pour les vins. Nous verrons cela en février-mars, à la dégustation des vins clairs (contactez-nous si vous souhaitez y participer).

Si les Champenois, au moins ceux du nord du vignoble, ont le sourire, cette disposition est assez peu partagée, à cause de l’état général du marché du Champagne, plutôt terne. Les attentats ont causé un ralentissement très important de l’activité hôtelière et touristique, ce qui a un impact défavorable sur la consommation de Champagne. Les marchés internationaux restent toujours porteurs, notamment le Japon et l’Australie, mais en faible croissance. Note optimiste, il reste à remarquer, dans ces marchés export, que le Brexit n’a eu pour le moment aucun impact sur la consommation de Champagne de nos amis Anglais, malgré une baisse de la livre de 16% à ce jour. C’est ainsi qu’un nombre identique de cols de « Gérard » traverseront cette année la Manche. A méditer !….

 

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